Partager l'article ! Personne ne m'aurait cru, alors je me suis tu de Sam Braun: Navrée pour cette absence pour une fois totalement involontaire. Ma box avait d ...
Postite et Babiole, ce sont deux copines, décidées à vous faire partager leur amour de la culture et le pêle-mêle de leurs vies, le tout avec humour! Si vous voulez plus de détails c'est ici!
Navrée pour cette absence pour une fois totalement
involontaire. Ma box avait décidé qu’elle ne fonctionnerait plus. Et moi sans
internet, argh……
Bref, ça m’a permis de me remettre à lire. Il faut savoir que mon appartement
s’apparente plus à une bibliothèque dotée d’une cuisine, d’une salle de bain et d’un lit, que d’un réel appartement. A travailler dans l’édition, je stocke les livres que je pense lire dans un
futur plus ou moins proche. Et puis un beau matin, il y en a qui va m’attirer plus qu’un autre et pouf, je me plonge dedans.
Ces derniers temps, j’ai lu pas mal de fantastique, de polars, et je crois qu’il me
fallait quelque chose de plus terre à terre.
Donc, j’ai attaqué et fini
Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu de Sam Braun, publié chez Albin
Michel. Et oui, il s’agit encore d’une livre sur la Shoah.
Je dis encore parce que j’ai souvent entendu des gens me dire en râlant : « ENCORE un livre sur les déportations… »
Bon, outre le fait que personne ne nous oblige à lire ses livres, je trouve le raccourci un peu facile. Est-ce que moi je me plains lorsque je vois
qu’on publie un énième bouquin sur une énième histoire d’amour totalement mièvre ? Non, pourtant il y a des jours ça me démange !!!
Mais revenons d’abord à Sam Braun : il s’agit d’un entretien
et non d’un récit, ce qui fait qu’on a vraiment la sensation de lire un témoignage au sens pratiquement
journalistique du terme. L’arrestation, puis la déportation, Drancy puis Buna-Auschwitz, un des nombreux camps d’Auschwitz, puis la marche de la mort, le retour en France et enfin, le témoignage.
Le livre en lui-même n’est pas très long (environ 270 pages), il se centre sur quelques épisodes qui ont particulièrement marqué l’auteur et la manière dont il a vécu cette expérience
traumatisante à plus d’un titre.
Mais le plus intéressant, au-delà du témoignage, au-delà du récit des horreurs dont il fut le malheureux témoin
direct, au-delà même de sa qualité de survivant de l’Holocauste, ce qui est le plus intéressant reste son analyse a posteriori, les leçons qu’il en a tirées. La notion centrale du pardon.
Venant d’une personne qui a vécu jusqu’au bout l’enfer des camps, et dont la famille a été gazée dès l’arrivée à
Auschwitz, on ne s’attend pas nécessairement à une telle force. J’emploie le mot à dessein, parce qu’au début de ma lecture, j’ai surtout ressenti une profonde incrédulité. Comment un homme qui
s’était retrouvé à 16 ans, enfermé à Auschwitz, qui savait que sa famille avait été gazée, qui trimait comme un esclave pour les Allemands, qui était considéré comme une quantité négligeable,
déshumanisé au dernier degré, comment cet homme pouvait, 40 ans plus tard parler de, selon ses propres termes, « pardonner l’impardonnable », comment pouvait-il dire qu’il n’avait pas ressenti de haine à aucun moment, aucun désir de vengeance ?
Mais lorsqu’il vous explique sa démarche intellectuelle, les raisons de cet optimisme profond en l’être humain, sa
croyance en une Humanité gisant chez tout un chacun, et cette
distinction très nette qu’il opère entre le pardon (qu’il juge indispensable), la clémence (qu’il ne fallait en revanche pas avoir à l’égard des tortionnaires qui passaient en jugement), et
l’oubli (inadmissible), à ce moment là j’ai compris où il voulait en venir. Même si j’aurais probablement beaucoup de mal à faire preuve d’une telle force.
Sam Braun a attendu 40 ans avant de témoigner, faisant partie de ces gens qui ont eu besoin du silence et du calme repli sur soi pour cicatriser et exorciser ce qu’il avait vu. Mais son témoignage est
riche d’enseignements incroyables, et d’une profonde espérance en l’être humain.
Pour ma part, et pour revenir à ce que je disais plus haut, il n’y aura jamais trop de récits sur cette
période. Pourquoi ? Parce qu’il y a de moins en moins de témoins directs et que les gens sont prompts à vouloir effacer
des évènements peu flatteurs de la nature humaine. Je n’ai pas vécu cette période, pas plus que mes parents. Et si nous voulons préparer un avenir
décent, il faut avoir appris des erreurs du passé, et surtout il faut connaître ce passé dont les
conséquences continuent aujourd’hui de résonner. J’admets qu’il s’agit d’un lieu commun mais par moment, quand j’entends des gamins d’une douzaine d’année me dire avec sérieux qu’ils ne savent
pas ce que sont les nazis parce qu’ils ne connaissent pas les guerres qui ont lieu en Asie, franchement j’ai peur.
Nous avons besoin de ces témoignages, pour avancer tout simplement, pour construire le monde de demain, et surtout
pour ne pas oublier que la barbarie n'est jamais loin.
Babiole
Pour ceux qui ont vu l'excellente série "Apocalypse" diffusé par France 2, avez vous notez que les soviétiques (je ne dis pas russes à dessein) on repris les camps allemands pour les intégrer à la chaine des Goulags ?
Hors contexte des camps d'extermination, en France la situation des prisonniers de guerre allemands après guerre n'est pas non plus un modèle d'humanité. les pertes dans l’Hexagone furent concentrées lors de l’afflux massif des prisonniers. Le Service historique de l’armée de terre française (Vincennes) a recensé 17 773 morts en 1944 et 1945 puis 5 112 en 1946. Sur l’ensemble de la période 1944-1946, la proportion de décès représente 3,05%, un taux tout à fait comparable au 3,7% de décès parmi les PG français détenus en Allemagne entre 1940 et 1945. Les causes principales sont la maladie, dans 68 % des cas souvent liée à des carences alimentaires.
Dans l’utilisation de Prisonniers de Guerre Allemands (PGA) pour le déminage du pays, la France a violé la Convention de Genève de 1929, interdisant l’utilisation des PG pour des « travaux insalubres ou dangereux ». En 1948, le Comité international de la Croix rouge évoquait 20 000 morts dans l’exercice.
Plus près de nous, le régime des Khmers rouges, des massacres comme celui de Srebrenica, les affrontement ethniques du Rwanda sont là pour nous rappeler que la barbarie n'a pas de frontière, de couleur de peau ou encore d'idéologie type, elle est simplement humaine !
L'homme est un loup pour l'homme, dit Hobbes (Plaute avant lui d'ailleurs mais dans un contexte moins philosophique), réfléchissons à ce que nous sommes, faisons face à nos démons et ne sombrons pas dans un humanisme démagogique qui nous laisserait sans arme face à des personnes dénuées de ces préoccupations. Le respect de l'autre en tant qu'individu, ne vaut que s'il est réciproque à mon sens mais il ne faut pas pour autant déshumaniser un groupe d'individu sur des critères idéologiques, physiques ou de toutes autres natures.
Bon c'était ma réflexion sur la chose, surement contestable pour beaucoup en bien des points, mais c'est mon avis et je le partage comme on dit ;)
J’aurais plus été à dire comprendre le passé pour construire l’avenir, parce qu’à mon sens, à quoi cela sert-il de tenir des registres de ce qui a été, si ce n’est pas pour les utiliser à améliorer ce qui va être ? Quand à la notion de pardon, je persiste à penser qu’il s’agit d’une notion propre à chaque individu. Que l’on soit capable ou non de pardonner relève de ce que l’on a vécut et du caractère, ou du moins de la personnalité de tout un chacun. Au final, je suis d’accord avec toi pour dire que la rédemption reste le plus important. Je n’ai pas vu Apocalypse malheureusement, mais effectivement il y a de quoi réfléchir dans ce simple exemple !
Quand au reste, je dirais simplement que la notion d’humanité reste à définir et qu’elle relève malheureusement ou heureusement de notre faculté à faire le bien et le mal en proportion égale et surtout à apprendre, de ce qui est juste ou bon des situations qui se présentent. C’est un vieux débat mais, quel camp aurions nous pris pendant la seconde guerre mondiale ? Qu’est-ce que nous aurions fait ? J’aime à croire que j’aurais été capable de faire partie des résistants, mais je sais pertinemment qu’il est impossible de répondre à ces questions hors contexte et que j’aurais surement fait comme la majorité des gens. Et ça, ça remet quand même sérieusement en cause l’idée d’Humanité, non ?
Pour en revenir à choisir un camp, je partage ton avis, hors contexte, impossible à dire. Aurions nous eu le courage de prendre le maquis ou aurions nous fait comme la grande majorité des gens, baissé les yeux et attendre que ça passe ou pire encore, servir la cause de l'ennemi ?
Je finirais par deux citations de Pierre Desproges grand philosophe de notre temps qui résume assez bien ma pensée avec un zest de mysanthropie(second degrés avec une pointe de cynisme :) "plus je connais les hommes et plus j'aime mon chien" et "Le voisin est un animal nuisible assez proche de l'homme."
Je suis d’accord sur la notion d’Humanité, le seul problème qu’implique son lien direct avec la culture, c’est que cette dernière ne vient pas de façon innée. Elle dépend totalement de qui et de comment elle nous est transmise. D’un point de vue plus large, les Chinois apprennent à l’école depuis des décennies que le Tibet c’est la Chine. Pourquoi croiraient ils autre chose ? Surtout lorsqu’on leur dit qu’en plus le monde est contre eux ! D’un point de vue plus restreint, si ton cercle proche ne cesse de ressasser que ceux qui n’ont pas la même couleur de peau que toi sont mauvais, tu finis par les croire. Et oui, la société pousse à un individualisme exacerbé mais elle pousse aussi à une paranoïa violente vis-à-vis de cette même société, voire de l’état et surtout de son voisin : pour preuve les procès idiots fait au nom de n’importe quel prétexte. Tout ça forme un cercle vicieux qui renforce l’individualisme de tout un chacun qui fait que l’on vit côte à côte et non ensemble. Sans pouvoir dire qu’il s’agisse d’une bonne ou d’une mauvaise chose, c’est juste une réalité. Par définition, qui oserait embarquer un autre individu au poste même avec des preuves d’un agissement suspect s’il sait que derrière il peut se retrouver avec un procès aux fesses sous un prétexte quelconque. Individualisme jusqu’au bout ! Malheureusement je pense qu’on est tous plus ou moins responsables.
Contente de rencontrer un fan du vénéré Desproges ! Il avait l’art de traduire les grands philosophes de façon claire, drôle mais lucide !^^ Et le cynisme est peut être la meilleure arme qu’il nous reste !
Pour ce qui est de l'individualisme, c'est à mon avis, une dérive liée à un changement progressif de la société et de ses valeurs éducatives. On n'intègre plus l'individu à un modèle social, on modifie ce modèle social en fonction des des uns ou des autres, parfois des minorités. Ca peut être très bien mais au détriment d'un certain sentiment d'appartenance à une même communauté que l'on définira comme on veut, nation, état, région ou autre. De cela nous ne sommes pas responsables.
Mais bon ce n'est pas une raison pour ne pas continuer à se battre contre les préjugés et les égoïsmes humains... C'est vrai que le cynisme est une arme redoutable que j'adore en plus :D
Je ne voulais pas avoir l’air défaitiste même si je reconnais que je n’ai pas beaucoup de foi en l’espèce humaine. Quelque chose à voir avec du pessimisme chronique. Bref. Pour finir sur l’individualisme, je ne dis pas non plus que les changements qui ont conduits à cet état de fait soient positifs ou négatifs, cela étant, je pense que c’est aussi lié à l’omniprésence de la technologie, qui nous permet de limiter les interactions en société et de rester chez nous. Encore une fois ni une bonne, ni une mauvaise chose. Mais je pense souvent que toute chose doit d’abord atteindre les extrêmes avant qu’une régulation naturelle se fasse.
J’aime beaucoup cette série d’échanges autour des concepts et/ou de la société, Gaby(nours) ! Merci !^^
J'aime aussi beaucoup les échanges sur des sujets qui nous interesses de près ou de loin. Ca fait un peu café du commerce mais au moins cela nous pousse à réfléchir à ces idées. Alors quand tu veux pour les débats apéritifs ;)